Vendredi 28 décembre 2007
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Alors que je me demandais comment rechausser mes bottes d’écrivaillonne après le grand KO de Noël, j’ai vu passer ce matin un camion-remorque chargé de bottes de foin. Sur le moment j’ai été saisie, debout sur mon trottoir de voir en plein centre de paris circuler toute cette paille. Saisie aussi par l’indifférence des passants du quartier pourtant si prompts à s’arrêter aux spectacles urbains qui ne manquent pas il est vrai. Manifestations en tous genres, gay-pride et autres caravanes techno. Là. Rien.
Pourtant ce camion aux effluves campagnardes en pleine capitale ; a fait remonter un souvenir d’enfance. Le cirque. Le cirque Medrano le long duquel je passais chaque matin en allant au lycée. Dans la grisaille des matins d’hiver, il semblait un gros gâteau endormi pas encore paré de tous ses glaçages, et autres couleurs destinées à ouvrir les appétits. Les immenses affiches où s’ébattaient équilibristes et autres acrobates se floutaient à mon approche. Le nez dessus je ne voyais que des points de couleurs côte à côte. Je me souviens petite avoir été saisie en comprenant enfin :
-    Dis papa, c’est ça le pointillisme ?
Papa était un peu déçu sans doute que je n’ai pas eu cette révélation dans un des musées où l’on me traînait consciencieusement chaque week-end mais bon, j’avais compris le principe.

Devant le cirque les camions stationnaient souvent. Chargés de bottes de paille parfois, mais aussi de containers mystérieux d’où s’échappaient quelques hurlements sauvages. Le petit frisson qui me prenait alors, à la pensée que derrière une simple cloison de tôle se trouvait un tigre du Bengale féroce. Etait-ce ce petit homme râblé s’engouffrant dans l’entrée des artistes, qui serait chargé de dompter la créature rugissante ? Je rêvais de le suivre, invisible. Je rêvais de voir enfin d’où venaient toutes ces odeurs fauves qui passaient la porte. Je voulais voir les cages, les loges, les miroirs et costumes. Je voulais voir l’arène vide, son sable vierge ; les chiens savants sans rubans et aussi aller caresser l’éléphant. Je rêvais d’aller me perdre dans les coulisses de ce monde étrange où les gens ne pensaient qu’ à se déguiser, lancer des balles au ciel où défier les lois de l’apesanteur. Je rêvais d’être adoptée par cette étrange famille où l’on passait son temps à jouer au lieu de s’user les yeux sur des cahiers spiralés.
-    Quand je serais grande je serais écuyère
-    Ecuyère, écuyère à soupe ? répondait papa
Je me renfrognais. J’étais pas prise au sérieux.



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par lady flo
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