Et puis arrivèrent les tout en un. A la maison une « box » vous assure le divertissement télévisuel, le monde du net et le téléphone en même temps. Magnifique ! Mais voilà, c’est pas
fiable et les sur-communiquants que nous sommes acceptent mal d’être brutalement coupés du monde.
Qu’à cela ne tienne, on nous invente le portable sorte de petit animal exigeant que les gens ont adopté. Lui aussi est multi-fonctions : téléphone, appareil photo, dictaphone, lecteur mp3 et
même internet. Oui mais voilà, il sonne quand bon lui semble et quelque soit l’endroit ; brisant net toute concentration de son possesseur. Le métro résonne ainsi de sons aussi variés que le
chant du coq ou deux mesures du dernier Britney Spear qu’une main fébrile tente rapidement d’étouffer au fond d’une poche.
Quelques rangs plus loin, de discrets statisticiens stressent sur leurs calculettes. Ce sont ceux les adeptes des textos et autres messageries.
La bonne nouvelle c’est que les lettres, disparues des cadrans, sont revenues…
Au café en pleine discussion palpitante sur la vie sexuelle des blogueurs, votre comparse est sommé de décrocher. Il le fait avec le regard contrit du chien que ses maîtres sifflent pour
rentrer ; avant de se figer l’œil dans le vague, la bouche ouverte et une main près de l’oreille dans l’écoute du message reçu. Il y a les angoissés qui le gardent à la main le scrutant comme
le front d’un enfant fiévreux et ceux qui y parlent d’une voix de stentor. On y découvre que le beau gosse à la gueule d’ange est un despote plutôt mal embouché, et que la femme bon chic bon
genre prévoit de faire chanter son mari. On sait qui s’occupe du vin pour le dîner, et même ce qu’il y aura à manger bien qu’on ne soit pas invité.
Marcher dans la rue devient difficile, un objet à l’oreille semble modifier les perceptions spacio-directionnelles des gens quand on ne croise pas un braillard qui vous plante un regard furieux
dans les mirettes en criant : « j’avais dit pas Montauban ! » : celui-là est de la race des plus dangereux, il est casqué.
On surprend des exclamations, des rapports de réunion, des bribes de dialogues et des mensonges flagrants dont on caresse un instant l’idée de les dénoncer. L’intime des autres vous saute aux
oreilles en petits flashs. On extrapole parfois, pour moi c’est un excellent exercice d’imagination.
Tout ça pour dire
- que je n’ai pas de portable
- que j’ai été super énervée hier quand dans la cabine de verre, ma carte téléphonique m’a été renvoyée dans les dents avec la mention expirée
De quel droit nous prive-t-on des unités achetées ? On n’est pas au rayon frais du super- marché, où alors qu’on se débrouille pour que les yaourts s’auto-détruisent à leur date de
péremption !
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