Mercredi 19 mars 2008
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L’écrivain est pensif et surtout à moitié endormi. Il se retrouve coincé là pour le troisième jour consécutif de dix heures à douze heures trente. Il pense aux vaches qui regardent passer les trains. Lui ce sont des lecteurs qu’il voit passer.  Sûr que cette nuit, il va en rêver.
Il est assis à une longue table mais le scribouillard qui aurait du être à ses côtés a déclaré forfait. Tant mieux, ils n’avaient pas grand chose à se dire. L’éditeur les avait présenté l’un à l’autre à la soirée d’inauguration. Ils s’étaient salués par dessus leur coupes de champagne, écrasés contre une étagère remplie de leur opus respectifs. Et puis le courant humain les avait séparés.

Tiens les scolaires ! Un troupeau de gamins cornaqué par deux adultes lunetteux chahute dans l’allée centrale. Ils sont passés chez Dupuis, ils arborent tous un bob rouge en carton.
Spirou, l’écrivain avait adoré ! Il regarde sa montre. Le temps ne passe pas. Que faire ? Etre au Salon du livre et ne même pas pouvoir ouvrir un bouquin. Pas question  d’être surpris en train d’apprécier la concurrence. L’écrivain se doit d’être nombriliste sinon quel intérêt ? De toute façon impossible de se concentrer sur quoi que ce soit dans ce brouhaha.
 Aujourd’hui la stagiaire n’a pas fait de faute à son nom. Il le remarque en retournant machinalement l’étiquette qui est posée devant lui, par contre elle n’a pas mis la bouteille d’eau réglementaire.
Il a envie d’une clope. Il pourrait sortir bien sûr, mais si quelqu’un venait ? Il se résout à sucer une nicorette qu’il tire de sa poche. Il se sent seul, amer aussi. Avoir passé tant de temps à extirper de lui les mots de ce roman, s’être blessé des refus nombreux de son manuscrit, avoir enfin connu la joie d’un oui, suivi de corrections harassantes et se retrouver là à attendre le chaland qui voudra bien acheter ce livre qu’il couve des yeux. Son nom sur la couverture lui fait encore battre le cœur. Il pense aux deux heures et demie de queue pour une dédicace de certains de ses collègues. Il  les a envié un instant, moins quand ils les a vu se lever, le dos meurtri et les doigts gourds d’avoir signé à tour de bras.
Il devrait écrire un truc sur le Salon. Un crime ça serait bien. Un cadavre découvert baignant dans son sang chez Gallimard par exemple.
Tiens une annonce : On évacue la Salon. Alerte à la bombe. La réalité dépasse toujours la fiction pense-t-il en enfilant son manteau. Du coup il se prend à apprécier la bousculade vers la sortie, à écouter à observer. Dehors en allumant sa cigarette, il a un fin sourire aux lèvres.
Le chatouillis dans sa tête lui dit qu’une nouvelle histoire est en train de naître. Demain il ne va plus s’ennuyer.


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par lady flo
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