Ça y est enfin. Cela fait des semaines que je pense à ce moment. Comme le dit le dicton coréen, « le meilleur moment quand on fait l'amour, c'est quand on monte les escaliers ». Un bordel
monstre règne dans et sur mon bureau. Rien à battre.
Enfin si le fer pendant qu’il est chaud. Et il l’est !
Moi le Prince Charmant, j’ai au péril de ma vie traversé des forêts pleines de spectres griffus.
J’ai caracolé pendant des lieues sur mon fidèle destrier couvert d’écume. J’ai combattu les sortilèges de sorcières acariâtres, gravit des montagnes, répondu à des énigmes sans queue ni tête.
J’ai du compulser des centaines de grimoires poussiéreux, acquis à des prix exorbitants qui encombrent ma table dans la masure que j’occupe non loin du donjon de ma belle. La trouver, trouver
l’endroit où elle était enfermée ne fut pas chose facile loin de là. Ce fut une épopée, une quête du Graal auxquelles je me suis prêté de bonne grâce, en preux chevalier.
Hier enfin j’ai passé l’épreuve ultime : l’affrontement avec le dragon.
La lutte fut longue et inégale. Avec ma seule épée j’eu bien du mal à venir à bout de ce monstre éructant de flammes. Tout fut brûlé aux alentours du donjon tant sa colère fut homérique. Mon
fleuret, ce matin encore, est brûlant des feux affrontés la veille.
Mais voilà tout ne s’est pas passé comme prévu.
Alors que la tête haute, la pointe de mon arme clouant au sol l’animal infernal, je risquais un appel du bas de la tour vers ma princesse engeôlée ; je la vis, petite tête d’épingle au
sommet de l’édifice dénouer d’un geste gracieux sa chevelure dorée. Ses longues boucles s’envolèrent un instant avant de descendre vers le sol où je les attendais, prêt à me hisser grâce à elles
auprès de ma belle.
Las ! Les murs rougeoyants ont eu raison de sa divine parure. Une horrible odeur de cochon grillé s’était répandu soudain, les cheveux grésillant sur les murs surchauffés ; me coupant
la voie vers ma bien aimée.
Je lui criais alors d’en bas, mon désarroi, mon désespoir !
Quand elle me répondit du balcon :
- 5000 marches !
Le découragement m’a saisi. Mes jambes flageolaient de fatigue après la lutte sans merci que je venais de mener. J’étais noir de fumée, le poil roussi.
- Je reviendrai demain alors Gente Dame. Vous aurez ainsi le temps de mettre dans l’ordre dans vos cheveux ! Et moi d’arborer une tenue plus digne de vous. Je vous souhaite
une douce nuit.
Peigné, rasé de frais, cotte de mailles rutilante, je me dirige ce matin vers le donjon.